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La Lettre

de l'Observatoire Social de Lyon

no 14 - Octobre 2013

 

Version PDF (361 ko)

La précarité énergétique chez les seniors propriétaires

Edito Le vieillissement de la population est une lame de fond qui va profondément modifier notre société, tant au point de vue démographique qu’au point de vue de l’organisation sociale. les projections de l’INSEE annoncent à l’horizon 2050 un doublement du nombre de seniors de 60 - 74 ans, un triplement des 75 - 84 ans et un quadruplement des 85 ans et plus (voir notre lettre n°3).

Parmi les problématiques soulevées par ce phénomène, la principale est l’adaptation du logement. En effet un logement adapté est un logement dans lequel ses occupants peuvent vivre confortablement sans se couper de leur environnement. Mais cette question dépasse la simple adaptation physique des logements permettant leur usage par ses occupants pour intégrer la question de la précarité énergétique.

 

• Un besoin d’adaptation élargi

Avec le vieillissement de la population se pose la question du maintien à domicile. 85% des seniors de 90 ans et plus vivent chez eux, l’âge de l’entrée en EHPAD est constamment repoussé. Dans ces conditions, l’adaptation du logement devient une donnée essentielle pour permettre aux seniors de bien vieillir.

L’adaptation comprend plusieurs dimensions qui dépassent les simples petits aménagements visant à faciliter l’usage du logement. Un logement adapté est un logement dans lequel le senior peut vivre de manière confortable et qui ne met pas sa santé en péril. Hors nous savons que les seniors sont majoritairement propriétaires de leur logement et que ceux-ci sont souvent anciens, voire très anciens. En France, les trois quart des retraités habitent dans des logements construits avant 1974, et leur mobilité résidentielle est très réduite (plus de 12 ans d’ancienneté dans le logement pour 75% des ménages retraités, chiffres INSEE). Ces logements ont donc été construits avant l’introduction des premières réglementations thermiques de l’habitat.

• Des seniors de plus en plus fragilisés

Si les revenus moyens des retraités ont été en hausse depuis le début des années 1970, cette tendance s’est inversée ces dernières années. De plus, cette moyenne camoufle de grandes disparités, en particulier pour les femmes dont la pension moyenne ne représente que 48% de celle des hommes (Bonnet et Hourriez, 2012). Le statut de propriétaire, longtemps considéré comme un gage de sécurité financière, n’est plus un rempart contre la pauvreté car il existe de très fortes inégalités de patrimoine. Les retraités les plus riches possèdent un patrimoine immobilier moyen quatre fois supérieur à ceux des retraités les plus modestes (Fondation Abbé Pierre, 2009).

Dans ce contexte, l’ancienneté des logements des seniors et les inégalités de ressources rendent les plus modestes des seniors particulièrement vulnérables à la précarité énergétique. La précarité énergétique se définit comme une souffrance quotidienne qui peut se traduire soit par une impossibilité à régler ses factures, soit par une pratique d’auto-restriction, soit par les deux à la fois. Le Guide de recommandation à l’égard des décideurs politiques « Lutter contre la précarité énergétique en Europe » (2009) pointe particulièrement du doigt la vulnérabilité des personnes âgées.

• Les impacts de la précarité énergétique

L’incapacité à régler ses factures énergétiques entraîne le plus souvent un sentiment de honte de la part des ménages qui n’osent dans un premier temps demander de l’aide (voir encadré). Les pratiques de restriction, quant à elles, se traduisent par un sous chauffage du logement ce qui nuit considérablement à la santé des occupants et à leur activité sociale, en effet il n’est pas facile de recevoir des gens chez soi lorsqu’il y fait 15 degré.

« Quand on est dans cette situation on est trop pudique, j’avais honte de dire que je ne pouvais pas payer mes factures »
Témoignage recueilli lors de notre recherche action sur les représentations liées à les dépenses énergétiques.

La perte d’autonomie aggrave la situation de ces ménages. C’est, par exemple, le cas des personnes privilégiant un mode de chauffage au bois : qu’advient-il lorsque les aidants s’absentent ? Ainsi, l’inadaptation d’un logement peut provenir d’une absence d’aménagement permettant son usage par une personne de grand âge, mais cette inadaptation peut aussi provenir d’une isolation thermique inefficace qui affecte la santé de l’occupant, pèse lourdement sur son budget et risque de développer l’isolement social.

• Des territoires peu denses plus vulnérables que les autres

Plus d’un million des personnes en situation de précarité énergétique sont des propriétaires habitant en milieu rural ou dans des petites agglomérations. Les espaces peu denses sont particulièrement vulnérables à cette forme de précarité. Premièrement, parce que les logements y sont souvent de grande taille et anciens, donc énergétiquement peu efficaces. Deuxièmement, parce que les logements en milieu peu denses seront moins souvent raccordés à des réseaux électriques ou de gaz que les logements en milieu dense. Les ménages sont donc obligés de se rabattre sur des systèmes de chauffage individuels qui seront souvent énergivores. Ainsi, les personnes en situation de précarité énergétique seront plus souvent des personnes de plus de 60 ans propriétaires de leur logement en milieu peu dense (CREDOC, 2013).

Un enjeu de politique publique

L’OSL et ses partenaires ont observé que les dispositifs actuels de lutte contre la précarité énergétique ne semblent pas toujours adaptés aux besoins spécifiques de cette population.

Les rénovations thermiques doivent être de grande ampleur pour avoir des aides financières. Certains ménages seniors ne sont pas prêts à se lancer dans un chantier de longue haleine alors qu’ils pensent qu’un simple changement de fenêtre pourrait suffire pour régler leur problème de froid. Le résultat est qu’ils restent en situation de précarité énergétique.

Il est donc important de développer une démarche compréhensive des besoins des seniors afin d’adapter au plus juste les dispositifs et d’en améliorer ainsi l’efficacité.

 

josselin.bernede[at]observatoire-social.org

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